Mais il est une expérience que, malgré tout ce qui les sépare, les scientifiques allemands détenus ce soir là à Farm Hall partagent avec leurs collègues américains : c’est d’avoir, selon l’expression si exacte d’Oppenheimer, « connu le péché ». Car la bombe est l’œuvre collective de tous les physiciens. Ils aimaient la pureté de la connaissance fondamentale, le ciel des idées. Ils méprisaient les conditions bassement utilitaires et travaillaient tous dans un domaine d’une inimaginable abstraction. Ils ont pourtant offert au monde l’outil de sa propre destruction.

Cela, c’est le péché, qui, comme chaque péché originel, prend ses racines dans l’innocence.

Jérôme Ferrari – Hiroshima – Nagasaki – 70 ans après  – Jeudi 6 août 2015