« All projects are floating around in the collective unconscious.  You just [have] to reach out and grab one. »  Delia Gonzales in The Creative Independent

Le kairos est le temps de l’occasion opportune. Il qualifie un moment.

Dans le langage courant, on parlerait de point de basculement décisif, avec une notion d’un avant et d’un après au sens de Jankélévitch (voir plus bas). Le kairos est donc « l’instant T » de l’opportunité : avant est trop tôt, et après trop tard.

In fine, l’expression « instant d’inflexion » semble convenir : « Maintenant est le bon moment pour agir. »

Le kairos, une dimension du temps n’ayant rien à voir avec la notion linéaire de chronos (temps physique), pourrait être considéré comme une autre dimension du temps créant de la profondeur dans l’instant. Une porte sur une autre perception de l’univers, de l’événement, de soi. Une notion immatérielle du temps mesurée non pas par la montre, mais par le ressenti.

Le dieu grec Kairos est représenté par un jeune homme qui ne porte qu’une touffe de cheveux sur la tête. Quand il passe à notre proximité, il y a trois possibilités :

  1. on ne le voit pas ;
  2. on le voit et on ne fait rien ;
  3. au moment où il passe, on tend la main, on « saisit l’occasion aux cheveux » (en grec ancien καιρὸν ἁρπάζειν) et on saisit ainsi l’opportunité.

Kairos a donné en latin opportunitas (opportunité, saisir l’occasion).

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Wikipedia


 

Figure du kairos : l’oc-casion, ce qui tombe (cadere) à pic, le casus, la cadence, qui fait rythme, dessine une figure à partir des combinaisons illimitées du hasard. Ceci arrive, et arrive ici et maintenant, il suffit que je décide que cela m’arrive à moi, et pour moi, se constitue comme un trait, une flêche qui me vise, moi, dans l’immensité de l’indistinction. Cela aurait pu ne pas se produire du tout, ou sous une autre forme, j’aurais pu ne « pas y être » mais voilà, j’y suis, et sans me contenter de ce constat je redouble l’affirmation en décidant souverainement que c’est dorénavant « mon affaire ». L’instant devient, par moi qui m’y résous et m’y accole, kairos, rencontre et disponibilité.
Le kairos définit l’instantanéité de l’instant : la flèche atteint la cible, mais écartons l’idée d’intention, de volonté. Le kairos ne se veut pas, ne se programme pas.

Qui veut la cible rate la cible.

Simplement, une certaine configuration de hasard lance la flèche, et moi, la cible, je l’accueille, ou ne l’accueille pas, et j’en fais, ou n’en fais pas, l’instant, la grâce de l’instant. Il ne suffit pas de dire : le kairos est la rencontre de l’objectif et du subjectif, c’est raisonner en géomètre, c’est oublier toute la dimension créative, poiétique, qui seule fait de la rencontre un événement.

http://guykarl.canalblog.com/archives/2013/08/13/27829615.html

Dans l’antiquité grecque, dans un temps qui n’est pas encore tourné vers le progrès, le Kairos désigne le moment qui interromps le cours du temps qui chaque jour recommence. Cet évènement vient briser le quotidien c’est ce à quoi on ne s’attend pas. Pour tirer profit de cette occasion, il faut, comme Ulysse, faire preuve d’une intelligence rusée, que les grecs nommaient mètis. Le Monde – samedi 10 juin 2017

‘I’m allowing my subconscious to take over, so that I can free associate. You have to be in a state of play to design. If you’re not in a state of play, you can’t make anything.’   Paula Scher